Quelle place pour le français dans d’autres provinces canadiennes?

Joël Thibault

Joël Thibault, spécialiste de l’enseignement du français en milieu minoritaire

Dans le cadre de la Journée internationale de la Francophonie, je vous invitais plus tôt cette semaine à réfléchir sur la place du français au Québec. Pour élargir la discussion, je vous propose une entrevue que j’ai réalisée avec Joël Thibault, spécialiste de l’enseignement du français en milieu minoritaire, qui enseigne aujourd’hui aux futurs enseignants de la Saskatchewan. Je lui ai posé trois questions sur la place et l’enseignement du français dans d’autres provinces canadiennes. Il est possible de suivre M. Thibault sur Twitter (@joel_055).

Comment décririez-vous la place de la langue française dans les provinces à majorité anglophone?

Bien évidemment, la place du français et des cultures qui y sont associées varie en fonction de plein de facteurs, le premier étant probablement la vitalité linguistique de la communauté francophone. Par exemple, à Ottawa, où on retrouve un bassin relativement important de personnes qui connaissent le français, ce dernier revêt un statut sociopolitique assez important. En ce moment, certains voudraient même que la ville devienne officiellement bilingue, ce qui me parait tout à fait raisonnable. D’autres collectivités francophones, comme celle du sud-ouest de l’Ontario, comptent un nombre de francophones plus restreint et, de ce fait, le français, du moins sur la scène sociopolitique, est moins mis en avant. On se trouve donc avec des milieux anglodominants, et l’école de langue française joue un rôle essentiel dans le maintien de la langue et de la culture de la minorité.

D’où viennent les communautés francophones et comment réussissent-elles à préserver leur langue?

Chaque communauté francophone a son histoire, je n’entrerai pas dans cette question complexe. Je rappellerai toutefois que l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés garantit une scolarité en français à ceux dont l’un des parents a lui-même été scolarisé dans cette langue. En d’autres termes, si je suis né en Saskatchewan et que ma mère est allée à l’école fransaskoise, je pourrai moi aussi fréquenter cette école. Pour plusieurs collectivités francophones minoritaires, l’école est l’espace qui assure le déploiement du fait français. Précisons au demeurant que plusieurs des communautés sont tributaires, du moins en partie, de l’immigration. En Saskatchewan, où les francophones constituent moins de 2 % de la population, les immigrants qui connaissent le français contribuent énormément à la vitalité linguistique de la langue minorée.

Quels sont les enjeux relatifs à l’enseignement du français langue maternelle et langue seconde dans ces provinces?

Les enjeux sont multiples. Puisque l’école de langue française en milieu minoritaire a pour mission de freiner la diminution des populations francophones, elle s’est assurée d’offrir un endroit où le français était l’unique langue que les élèves pouvaient utiliser. Dans les écoles en milieu minoritaire, on retrouve d’ailleurs très souvent des enseignes qui rappellent aux élèves de s’exprimer en français.

Or, ces élèves ne sont pas monolingues; ils connaissent tous au moins deux langues, ce qui engendre un véritable déséquilibre chez les professionnels de l’éducation. D’une part, on veut contrer l’anglicisation et promouvoir le fait français. De l’autre, on veut aussi assurer l’inclusion d’une population scolaire qui se définit par une diversité linguistique incontestable. Face à ce paradoxe, l’école ne valoriserait toutefois que le français dit standard (le « bon » français) et peinerait à prendre en considération les langues, dont l’anglais, et les variations du français que connaissent les élèves. Par conséquent, on leur propose souvent un enseignement du français qui repose sur l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule (bonne) façon de parler français et que leur connaissance de l'anglais serait un obstacle à l'apprentissage de la langue de l'école : on ne répond donc que partiellement à leurs besoins.

Pour ma part, je suis d’avis que l’enseignement du français en contexte minoritaire doit s’appuyer sur les avancées didactiques en français langues première et seconde. Cela dit, cet arrimage doit s’opérer de manière réfléchie, car les identités linguistiques des élèves en milieu minoritaire varient énormément d’une région à l’autre.

Quelle est la place du français au Québec aujourd'hui?

Il est encore temps de participer à notre concours! D’ici le 24 mars, je vous invite à vous exprimer sur la place du français au Québec dans la section Commentaires de l'article : Quelle est la place du français au Québec aujourd'hui?

De nombreux prix sont à gagner!

Pascal Riverin

Conseiller pédagogique à la valorisation de la langue

Service de référence linguistique


comments powered by Disqus

Partager cette page :