Les poèmes des gagnants du concours Recueil intercollégial de poésie

Vieux livre

Les trois gagnants verront leurs poèmes publiés dans le recueil intercollégial Pour l’instant.

Le harfang

par Hien-Thong-Tu

Marchant sous la douce pluie de feu apyré1
J’admire les arbres dénudés par l’automne
Et sous la brise, les ramures qui frissonnent.
Le sol se couvre de leur parure embrasée

Et déteint sur le paysage, la tristesse.
Les oiseaux s’envolent au sud avec raison
En laissant une terre de désolation
Qui attend le temps des neiges avec ivresse.

Des étoiles de glaces tombent des nuages
D’un blanc immaculé et pur tel son image.
La terre cramoisie se gèle en diamant

Alors que les ramures grelottent et dansent
Et les arbres embrassant les flocons tombants
Je marche à travers la grande toile blanche.

1Mot inventé à partir d’apyre pour dire ignifuge.

Les autres

par Samuel Caron

Y’en a qui ont peur des eaux
Y’en a qui ont peur des autres
Peur de leur couleur de peau
Y’en a qui ont peur de la côte
Y’en a qui planquent leur bateau
Sur le plus simple des rivages
Y’en a qui remontent leurs égos
En leur crachant au visage

Y’en a qui eux compliquent les choses
Quand ils se mettent à la nage
Que le soleil a trop brûlé
Et quand leurs pieds eux puent la plage
C’est qu’ils ont peur d’avoir échoué
C’est qu’ils ont peur d’être naufrage
Y’en a qui eux comprennent les autres
Quand ils se mettent à la tâche

Y’en a qui en ont marre de la marée
Avant de n’avoir vu le phare
Et puis y’a ceux qui ont lâché
D’une lâcheté à s’y méprendre
Que le courant a emporté
Que le mouvement a su pourfendre
Que l’on alloue l’humanité
Mais qui ne sauront nous la rendre

Y’a aussi ceux qui firent du phare
Une lumière vers l’inconnu
Qui étendirent leur savoir
En acceptant s’être perdus
Y’a ceux que leurs peurs ont vaincus
Mais ceux qui surent vaincre leurs peurs
Sont ceux qui vécurent dans l’effort
Pour mourir dans un monde meilleur

Le val des avalés

par Ricky Girard

C’est un malheureux ravin où tout le monde est tombé
C’est un val infini que tout le monde a heurté
C’est une pierre angulaire qui nous a fait valser, débalancés, de tous bords tous côtés

À bas-bord les déprimés qui nous entourent
À tribord trois vices qui nous parcourent les veines :
l’argent, le pouvoir, le sexe, tout ce qui est à l’index!

Combien de fois je me suis retrouvé à piquer du nez
Dans un trou plein de poivre de Cayenne, où j’ai pleuré des yeux avant de dire que ce n’était rien, que le sable noir est la déprime des mal-nantis. J’ai navigué sans guide.

Anxieux, et plein de sang-de-coq, sa guilde, son cercle, à Santa-Claus…
J’ai voyagé, pôle-Nord, pôle-Sud, mais Santa-Claus n’était pas là, ni sa guilde.
J’ai plutôt trouvé des tavernes pleines de rats! La con-frèrerie des temps modernes

Je m’en suis gardé un au pied de mon lit, un rat cartellisé
Et il est là pour me rappeler que je suis un humain pas comme les autres
Parce que je ne l’ai pas écrasé comme une pisse-en-lit.

J’ai trente-sept ans et huit ans d’âge mental.
Je cherche toujours à chanter dans les parades de longs récitals
Qui se perdent dans le néant des paradeurs qui ruent comme des chacals. «Hong-hung»

Les cartels, Ils disent si tu loses pas, tu wins,
Puis tu fais ce qu’on te dit, sinon qu’on te baragouine!
Ils disent que des faibles comme moi, ça ne survit pas!

Je vais avouer un truc à tous et chacun :
C’est vrai ce qu’on dit :
Si you lose pas, tu dis oui, tu «oui »-nes tout le temps, mais tu dis oui, juste oui!

Mais qu’est-ce qui se passe, quand tu dis oui
Puis que pendant que tu te payes un chalet au pôle Nord,
Un gars du pôle Sud fait travailler sans pudeur ses esclaves venus de l’Argent-in.
Pas de l’Argent-out, sinon ça serait trop loser!
J’ai jamais eu le sens des affaires. J’ai fait travailler l’Argent-out, renfloué son faible
coffre-fort.

Pendant que tu manges, il y a des gens qui crèvent,
Pendant que tu crèves, y’a des gens qui vont aux Îles, mouk-mouk! Qui mastiquent comme des petits singes

De la meringue, et si les gens sont pas chanceux, c’est des seringues.
C’est l’histoire de l’hiver mondial, mes amis! Il fait étrangement froid, à l’intérieur,
quand à l’extérieur il fait chaud. Les gens gèlent de faim!

Remerciements

Merci à nos trois membres du jury, Maria Brunelli, Sylvie Cantin et Benoit Murray qui ont choisi les poèmes gagnants selon les critères : originalité, rythme et musicalité, image, qualité du français et vocabulaire.


Julie Laroche
Conseillère à la vie étudiante
Service de l'animation socioculturelle
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