Une bonne odeur dangereuse : les enjeux de l'aluminium dans les antisudorifiques

Bouteille de déodorant

À l’échelle internationale, plusieurs scientifiques se sont questionnés sur la présence de l’aluminium dans les antisudorifiques. Étant la composante active de ce produit cosmétique, l’aluminium est accusé de contribuer au développement du cancer du sein et de l’Alzheimer quoiqu’à ce jour aucune étude concluante n’a permis d’obtenir des liens de causalité clairs. En 1972, des études ont toutefois prouvé ses effets neurotoxiques. Par ailleurs, d’autres composantes des antisudorifiques telles que le parabène et les phtalates sont susceptibles de nuire à la santé.

Dove, Old Spice, Lady Speed Stick, AXE, Degree, Secret, Nivea, Adidas, ils prennent diverses formes, portent divers noms, mais ne visent qu’un seul but. Il va sans dire que le pouvoir attractif exercé par l’odeur corporelle ne date pas d’hier. Or, les normes sociales ne nous dictent plus seulement l’apparence physique à adopter : l’importance accordée à une bonne odeur corporelle est sans cesse grandissante. Ainsi, parfumé ou inodore, l’unique fonction de votre antisudorifique est de contrôler votre puanteur. Sentir bon, certes, mais à quel prix? Avez-vous déjà songé aux composantes de votre antisudorifique? Les controverses relatives à la présence de l’aluminium dans ce produit cosmétique sont de plus en plus répandues. Dans les années 70, il a été reconnu neurotoxique. Aujourd’hui, on craint  qu’il soit impliqué dans le développement du cancer du sein et qu’il contribue à la maladie d’Alzheimer. Bien que les avis concernant l’effet de la toxicité de l’aluminium soient divisés, l’inquiétude est partagée.

Métal inoffensif? Allume!

De l’industrie automobile à l’industrie agroalimentaire, en passant par la pharmacologie, l’aluminium est un métal couramment utilisé. Nous sommes donc quotidiennement exposés à ce métal dont les propriétés physiques et chimiques en font un outil essentiel, et souvent irremplaçable dans beaucoup de procédés industriels. Dans l’organisme, la prise journalière d’aluminium sous différentes formes s’élève à 5 mg, mais seulement 10 µg sont absorbés. Il s’agit d’une quantité négligeable dites-vous? Sachez toutefois qu’une fois absorbée, elle est très difficile à éliminer. C’est en 1999 que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu officiellement la toxicité de l’aluminium, fixant la dose sécuritaire d’exposition hebdomadaire à 7mg/kg de masse corporelle. Dans les antisudoraux, on le retrouve sous forme de sels d’aluminium, plus spécifiquement de chlorhydrate d’aluminium. Ce dernier diminue la transpiration en resserrant les pores de la peau par lesquels s’évacue la transpiration. Il freine le processus de sudation, de même que l’évacuation des toxines.

Ces sels d’aluminiums, quels sans-desseins

Saviez-vous que la crainte liée à l’utilisation de l’antisudorifique s’est concrétisée au début des années 2000  après la diffusion d’un courriel anonyme? On affirmait alors une corrélation entre l’application de l’antisudorifique et le cancer du sein, considérant que celui-ci se développe dans le quadrant supérieur externe de la poitrine, soit la partie la plus rapprochée du lieu d’exposition au produit. En bloquant les pores de la peau, l’antisudoral freinerait l’évacuation des toxines. Ces déchets métaboliques se déposeraient sur les ganglions lymphatiques, provoquant des mutations cellulaires et, ultimement, le cancer. De plus, le courriel stipulait que les substances de l’antisudorifique seraient davantage absorbées par les tissus cutanés irrités par le rasage. Ceci expliquerait un taux moins élevé de cancer du sein chez les hommes, lesquels ont moins tendance à se raser les aisselles. C’est l’aluminium, ingrédient actif dans les antisudoraux, qui fut soupçonné d’être l’élément cancérigène. Le courriel émit l’hypothèse que l’aluminium aurait tendance à interférer avec les récepteurs oestrogéniques de cellules cancéreuses.

Aucune gêne à imiter l’œstrogène

Les hormones sont des substances chimiques qui régulent les commandes transmises à tout l’organisme. Secrétés par les neurones ou par les glandes, ces messagers voyagent dans le sang afin d’assurer la communication entre les cellules. Ces dernières ont  des récepteurs hormonaux qui leur permettent de capter les messages et d’accomplir les tâches dictées. Ainsi, les cellules cancéreuses, ayant ces mêmes récepteurs, accueillent les hormones (les œstrogènes dans le cas du cancer du sein) lesquelles peuvent contribuer au développement du dit cancer.

Oestrogéniques de cellules cancéreuses                                        

Des chercheurs britanniques, comme le professeur Christopher Exley de l’Université de Keele sont convaincus de la corrélation entre l’absorption des sels d’aluminium par le corps et le cancer du sein. C’est en dosant la quantité d’aluminium trouvée dans les tissus mammaires de 17 patientes ayant subi une mastectomie que M.Exley conclut en 2007 que la concentration d’aluminium dans les tissus du quadrant supérieur externe est significative. Effectivement, quoique le taux d’aluminium varie d’une patiente à une autre, la concentration dans cette région du sein est invariablement plus élevée que la normale.

Ses propos ne font toutefois pas l’unanimité. Une recherche menée par le Dr Fakri et ses collaborateurs semblent affirmer le contraire. Publiée en 2006 dans l’Eastern Mediterranean Health Journal, l’étude analysait l’utilisation d’antisudorifiques par 54 femmes atteintes du cancer du sein et par 50 femmes en santé. Parmi ces dernières, 82 % utilisaient fréquemment l’antisudorifique tandis que seulement 51,8 % des femmes atteintes s’en servaient, ce qui n’a pas permis de confirmer le lien entre l’utilisation de l’antisudorifique et le cancer du sein.  Ils identifièrent toutefois la prise des anovulants oraux et l’hérédité comme des causes éminentes de cancer du sein.

Quelques composantes de l’antisudorifique
ComposantesFonction
Sels d’aluminium (en haute concentration) Bouche temporairement les canaux sudoripares pour arrêter le flux d'humidité de la peau
Parabène Aide à garder les produits cosmétiques exempts de bactéries
Fragrance Masque les odeurs corporelles
Huile émolliente Laisse le produit glisser en douceur et empêche le produit de sécher une fois appliquée
Alcool Donne une sensation de fraîcheur lorsqu'il est appliqué sur la peau
Polyéthylène glycol (PEG) Rend le produit plus facile à laver
Hydroxytoluène butilé Empêche ou ralentir la détérioration des ingrédients de l'antisudorifique une fois qu'ils sont exposés à l'oxygène
Poudre de talc Absorbe l'humidité et l'huile, protège la peau en réduisant la friction sous les aisselles

En somme, les présentes recherches ne permettent pas d’établir de lien de causalité concernant l’impact de l’aluminium sur la santé humaine. Cancérigène et neurotoxique, les reproches faits à l’aluminium abondent sans que toutes ne soient affirmées hors de tout doute. Néanmoins, nous savons avec certitude que le parabène et les phtalates représentent des dangers pour l’humain. Les inquiétudes liées à l’utilisation de l’aluminium sont tout de même encore d’actualité. Vous savez désormais que la contribution des antisudoraux est infime dans  l’absorption de l’aluminium par l’organisme. C’est pourquoi il est nécessaire de s’interroger sur les autres sources d’absorption dans notre environnement. Après tout, l’aluminium est partout; dans les aliments, l’eau, les vaccins, les médicaments, les ustensiles de cuisine…


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Wira Alkozaï, Anne-Sophie Bolduc, Rose-Anne Gaudreault-Beaulieu, Cynthia St-Amant et Gabriela Vélez Largo
Étudiants
Chimie
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