Méthamphétamine, le côté sombre du laboratoire

La société d'aujourd'hui en doit beaucoup à la chimie. Cette science contribue à réaliser d'importants progrès scientifiques dans de nombreuses sphères notamment dans le domaine de la santé, le domaine de l'alimentation, etc. Mais ne cache-t-elle pas un côté plus vilain et plus dommageable à notre société? Grâce à elle, on arrive à comprendre la synthétisation de plusieurs drogues, leurs caractéristiques et leurs effets. L'une d'entre elles est la méthamphétamine, une drogue depuis longtemps et aujourd'hui toujours consommée, mais depuis peu, illégale. Ce stupéfiant possède un historique étoffé, une synthèse bien spéciale, une composition chimique bien à elle et des effets néfastes à court et à long terme dangereux à l'homme.

Un peu d'histoire

Les Japonais furent les premiers à synthétiser la méthamphétamine à partir d’une substance appelée éphédrine à la fin du 19e siècle. Sa forme cristalline telle que l’on retrouve encore aujourd’hui n’est créée qu’en 1919. Cette poudre diffère de l’amphétamine, elle, synthétisée pour la première fois en 1887. En fait, la méthamphétamine est un dérivé de l’amphétamine, mais leurs effets sont similaires, bien que ceux provoqués par la méthamphétamine soient deux fois plus puissants. La méthamphétamine fût distribuée massivement pendant la Seconde Guerre mondiale, où elle était prescrite aux soldats pour les tenir éveillés. Elle permettait également de diminuer l’anxiété et d’augmenter la confiance et la concentration des soldats. De fortes doses de méthamphétamine étaient d’ailleurs ingérées par les kamikazes japonais avant d’effectuer leurs missions suicides. La guerre terminée, de grandes quantités devenues inutiles furent remises au public japonais. L’usage de ce produit se répandit comme une traînée de poudre et la consommation de méthamphétamine par intraveineuse atteignit alors des sommets. Cette substance se popularisa ensuite à travers l’Europe et l’Amérique.

Image : http://canadiensensante.gc.ca/healthy-living-vie-saine/addiction/methamphetamine-fra.php

Une pilule, une p'tite granule

Avant d’être assignée comme un stupéfiant illégal, la méthamphétamine a été utilisée à des fins médicales. Dans les années 1950 elle est prescrite comme coupe-faim et trouve sa place dans certains régimes alimentaires. Dans les années 80, des médicaments pour maigrir contenant des amphétamines ou de ses dérivés sont mis sur le marché. C’est le cas notamment du Fringanor ou du Dinintel.

Prescrite pour le traitement de certaines maladies, la méthamphétamine est utilisée 2 contre l’hyperactivité, le déficit de l’attention, les troubles du sommeil, l’obésité et, majoritairement, contre la dépression. Les médicaments en vente libre contenant cette substance deviennent vite faciles d’accès dans les années 70. Elle est de plus en plus consommée comme stimulant non médical à des fins récréatives et son usage augmente encore. Au Canada, l’usage, la possession, la production et la vente de méthamphétamine sont interdits par la loi depuis le 11 août 2005.

Et un peu de sucre en poudre

Ingrédients pour faire du meth

La méthamphétamine est une drogue de synthèse, c'est-à-dire qu'elle est fabriquée en laboratoire. La pureté du produit dépend de son processus de fabrication. De nos jours, plusieurs «recettes» sont facilement accessibles sur le web, ce qui a conduit à une augmentation du nombre de laboratoires clandestins. Cependant, la synthèse de la méthamphétamine inclut l'utilisation de produits chimiques provoquant des réactions violentes, souvent explosives, ce qui rend le processus de fabrication risqué. À la base, les ingrédients utilisés sont des produits ménagers Quelques ingrédients courants utilisés dans la fabrication, dont les substances nécessaires sont extraites, souvent dans des conditions précaires. Cette drogue est synthétisée à partir d'éphédrine, substance présente dans les médicaments en vente libre contre la toux et le rhume. Parmi les autres ingrédients utilisés, on retrouve l'acétone, l'alcool isopropylique ou l'alcool à friction, l'iode, l'éther, l'acide sulfurique (souvent extrait des nettoyeurs à tuyaux), les piles au lithium, le sel gemme, le phosphore rouge (présent dans les cartons d'allumettes), l'hydroxyde de sodium, le diluant à peinture, le papier d'aluminium, les bonbonnes de propane, les fertilisants agricoles, etc. Afin de maximiser leurs profits, il n'est pas inhabituel de voir les fabricants ajouter certains ingrédients autres que le composé actif de la drogue, mais qui provoque des effets similaires. La caféine, le sucre et les laxatifs sont des substances fréquemment ajoutées afin d'augmenter le poids du comprimé tout en ayant une quantité moindre de substance active. Généralement, le degré de pureté d'un comprimé de méthamphétamine n'excède pas 9%.

Image : http://www.oregon.gov/osp/des/pages/meth_neighborhood.aspx

Un « high » qui coûte cher

La méthamphétamine stimule le système nerveux central en augmentant le niveau d'éveil et d'activité générale du cerveau. Les consommateurs ont une plus grande vivacité d'esprit, une sensation de bien-être et de confiance en soi. La consommation de méthamphétamine, qu'elle soit en poudre ou en cristaux, provoque chez les utilisateurs un état d'euphorie accru, mais à quel prix?

À court terme, les effets de cette drogue sur le corps humain peuvent provoquer, entre autres, l’assèchement de la bouche, une dilatation des pupilles, des grincements de dents, des maux de ventre et de tête, des étourdissements, une diminution de l’appétit, des tremblements musculaires et des troubles du sommeil. Des effets secondaires plus dangereux encore 3 peuvent se déclencher chez les personnes à l’état de santé fragile, puisqu’elles sont plus vulnérables aux effets de la méthamphétamine. On compte parmi celles-ci les personnes souffrant de diabète, d’épilepsie ou de problèmes cardiaques, hépatiques ou mentaux. Une augmentation de la fréquence cardiaque et de l’arythmie cardiaque, une accélération du rythme respiratoire, une hypertension, et parfois même un infarctus un accident vasculaire cérébral peuvent se produire plus fréquemment chez ces personnes à risque. Certains consommateurs abusifs de méthamphétamine atteignent, au moment où les effets de la drogue diminuent, une phase nommée tweaking. Il s’agit d’un ensemble dangereux d’effets ressentis en même temps, soit un mélange d’anxiété, d’agressivité, de paranoïa et d’hallucinations. De plus, la toxicité des produits chimiques présents dans les comprimés entraînent la formation de caries et de graves problèmes dentaires. Les hallucinations répétitives causées par la substance amènent souvent le consommateur à se gratter intensivement, ce qui provoque l’apparition de lésions cutanées.

Cependant, ce sont les effets à long terme qui sont le plus nocifs pour la santé. Plusieurs consommateurs réguliers ont souffert d’une psychose caractérisée une paranoïa chronique et une agitation très forte. La personne devient facilement instable et violente. L’épisode psychotique peut persister des mois, voire des années après l’arrêt de consommation. La consommation abusive mène à des problèmes de mémoire persistants et également à des problèmes d’habileté motrice La consommation chronique de cette drogue endommage les cellules du cerveau humain. Durant la grossesse, la consommation de méthamphétamine risque de causer une diminution de l’appétit chez la mère et ainsi ralentir la croissance du fœtus. Elle provoque généralement une naissance prématurée. De plus, cette drogue peut causer des anomalies congénitales chez le fœtus. L’apparition de lésions cérébrales chez l’humain est irréversible. Il faut prendre en note que ces lésions peuvent apparaître après une ou deux consommations seulement.

La chimie de la molécule

Molécule de méthamphétamine

La molécule de méthamphétamine se nomme en fait N, α-diméthylbenzèneéthanamine ou N, α-méthylphényléthylanamine. Ce dernier est plus précis quant à la composition de la molécule. En effet, la partie « diméthyl » indique la présence de deux groupements CH3 en substituant, ce qui signifie qu’ils ne font pas partie de la chaîne principale de la molécule. « phényl » indique la présence d’un benzène comme substituant, « éthyl » indique la présence d’un groupement constitué de deux atomes de carbones, « an » indique que les liaisons de la chaîne principale sont simples et « anime » indique la présence d’un groupement amine. La formule schématique de la molécule est celle-ci :

80.48% de la molécule est composée d’atomes de carbone. Les atomes d’hydrogène composent 11.13% de la molécule et l’atome d’azote compose 9.39% de la molécule. Il s’agit d’une molécule «lourde» puisque sa masse volumique est de 149.24 g/mol. .24 g/mol.

Molécule de l'amphétamine

L’amphétamine, la molécule précurseur de la méthamphétamine, peut également être nommée α-méthylbenèneéthanamine ou α-méthylphényléthylanamine. Les seules différences entre l’amphétamine et son successeur se trouvent au niveau de la composition chimique des molécules. En effet, l’amphétamine ne contient qu’un seul groupement CH3. De plus. L’amphétamine contient un groupement amine NH2, c’est-à-dire que l’atome d’azote est lié à deux atomes d’hydrogène et à un atome de carbone, contrairement à la méthamphétamine qui contient un atome d’azote lié à un atome d’hydrogène et à deux atomes de carbone. L’atome d’azote fait toujours trois liaisons chimiques. molécule d’amphétamine ttp://www.emcdda.europa.eu/publications/drud-profiles/amphet amine/f La synthèse chimique de cette drogue donne lieu à deux produits différents. Cette différence ne se trouve pas au niveau des composants, mais bien au niveau de la disposition des atomes dans l’espace. Méthamphétamine sous forme de poudre 

Image : http://www.rcmp-grc.gc.ca/drugs-drogues/poster-affiche/meth-fra.htm#details2

Poudre de meth

Ces deux produits sont appelés énantiomères, puisqu’ils ne diffèrent que par leur forme. En d’autres mots, des énantiomères sont deux molécules ayant la même composition chimique, mais qui sont l’image miroir l’une de l’autre. La disposition des atomes est soit caractérisée par la lettre S, qui signifie «sinister» ou la lettre R, «rectus». En chimie, le S et le R indiquent la configuration du carbone asymétrique d’une molécule, c’est-à-dire l‘ordre des groupements liés par une liaison simple à un atome de carbone. Pour que celui-ci soit asymétrique, les quatre groupements auxquels il est lié doivent tous être différents. Autrement dit, un carbone asymétrique ne peut être lié à deux atomes d’hydrogène, puisqu’il s’agit de deux groupements identiques. Cet ordre est déterminé par la grosseur des groupements. Le plus petit, selon le numéro atomique, est «envoyé» en arrière de la molécule dans l’espace et les autres qui sont ainsi autour du carbone sont classés du plus gros au plus petit. Si le sens du plus gros au plus petit est horaire, la configuration est R et si le sens est antihoraire la configuration est S. Dans le cas de la méthamphétamine, seul l’énantiomère S possède les fonctions stimulantes qui caractérisent l’usage de cette substance comme drogue

En conclusion, la méthamphétamine est considérée comme une drogue et ses effets sont sans équivoque nuisibles pour notre santé. Elle est souvent fabriquée dans des laboratoires clandestins ce qui rend la production différente et les effets deviennent imprévisibles et plus dangereux. La consommation de ce produit n'est pas une bonne chose en soi. Pour en apprendre davantage sur le sujet, il est conseillé de rencontrer un toxicologue, un professionnel de la santé ou un travailleur social. La consultation de sites Internet sur la prévention des drogues est également recommandée.


Consulter la fiche bibliographique
  1. CAMH. (2003). Vous connaissez… la méthamphétamine. Repéré à http://www.camh.ca/fr/hospital/health_information/a_z_mental_health_and_addiction_information/met hamphetamine/Pages/methamphetamine.aspx
  2. Fondation pour un monde sans drogue. (s.d) L’histoire de la méthamphétamine. Repéré à http://fr.drugfreeworld.org/drugfacts/crystalmeth/history-of-methamphetamine.html 
  3. Gendarmerie Royale du Canda. (2008) Méthamphétamine (comprimés). Repéré à http://www.rcmp-grc.gc.ca/drugs-drogues/poster-affiche/meth-fra.htm
  4. Gouvernement du Canada. (2013). Méthamphétamine (speed, crystal meth). Repéré à http://canadiensensante.gc.ca/healthy-living-vie-saine/addiction/methamphetamine-fra.php
  5. Santé et Services sociaux du Québec (2014). Méthamphétamine. Repéré à http://www.parlonsdrogue.com/fr/repertoire/methamphetamine.php#rose
  6. Programme Surveillance Meth (s.d) Petite histoire de la méthamphétamine. Repéré à http://www.methwatch.ca/home_fr.html
  7. National Institute on Drug Abuse(2013). What are the long-term effects of methamphetamine abuse? Repéré à http://www.drugabuse.gov/publications/research-reports/methamphetamine/what-are-long-term-effects -methamphetamine-abuse

Sophie Bruyère, Laurie Chouinard, Jean-Simon Aubé
Étudiants
Chimie
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