Le GHB, une drogue trop peu connue

Structure moléculaire du GHB

Le GHB, soit le gamma-hydroxybutyrate, a été synthétisé pour une des premières fois en 1961 par le professeur Henri Laborit. Bien qu’aujourd’hui il soit perçu en grande partie comme une drogue illégale, le GHB a eu plusieurs usages différents depuis sa synthèse. Aux yeux des chimistes, le GHB est une source de bouleversement pour les différentes parties du cerveau et est une substance encore inconnue sur certains points. Pour les médecins et les chercheurs, le GHB permet parfois de grands progrès et aide au sevrage des alcooliques. Pour d’anciens athlètes et culturistes des années 80, il est un très bon complément alimentaire. Pour les autres, le GHB est surtout perçu comme la drogue du viol et/ou une drogue récréative se rapprochant des effets de l’alcool.

Le gamma-hydroxybutyrate est une molécule organique peu connu, selon moi, aux yeux de la population. En effet, elle est surtout perçue comme une simple drogue peu courante à la consommation. Depuis 1960, le GHB crée beaucoup de controverse quant à son usage médical, pharmaceutique et récréatif. Encore aujourd’hui, plusieurs pays hésitent encore à l’utiliser à des fins médicales et thérapeutiques.

Une longue histoire pour une si courte chaîne

La première synthèse de l’acide 4-hydroxybutanoïque, soit le GHB, a eu lieu en 1920 sans toutefois avoir d’applications scientifiques. C’est en 1961 que le professeur et chercheur français Henri Laborit  l’a synthétisé durant ces études poussées sur le GABA. Suite à la découverte du professeur Laborit, de nombreux chercheurs commencent à s’intéresser à ce sujet et le GHB se repend à travers l’Europe. Peu de temps après sa synthèse, le GHB fût utilisé comme anesthésique hypnotique.  Depuis la fin des années 1990, le GHB est inscrit à l’annexe III de la loi règlementant certaines drogues et autres substances. Depuis cette inscription, le trafic, la production et la possession de GHB deviennent illégales.

Avant les années 1990, le GHB a été le sujet de plusieurs articles scientifiques bénéficiant ces effets médicaux. En effet, plusieurs chercheurs tels que Vickers et Gallimberti ont affirmé qu’ils considéraient le GHB comme une substance n’ayant aucun effet secondaire sérieux. L’usage non médical du GHB a connu un pic vers les années 1997. Bien qu’aucune statistique ne puisse le prouver, le grand nombre d’intoxications rapportées par les hôpitaux et cliniques du Québec confirment ce fait. Cette forte popularité pour l’usage récréatif a lancé une alerte aux gouvernements canadiens et américains.

C’est toutefois suite à la mort tragique par consommation de GHB en janvier 1999 d’une jeune Américaine, Samantha Reid, que le processus pour classer le GHB comme un stupéfiant a pris de l’ampleur. Il est à noter que le gamma-hydroxybutyrate fut en vente sur internet et facilement accessible jusqu’en 1998. Le GHB étant alors interdit, c’est ces dérivés tels que le GBL et le 1,4-BD qui ont vu leur usage monté en flèche. Ce n’est que tout dernièrement en 2011 que ceux-ci furent interdits.

De plante à puissant anesthésique hypnotique

À l’état naturel, le GHB se retrouve dans les plantes, dans le cerveau des mammifères et de façon hétérogène et en quantité micromolaire dans le sang de l’homme.  Au niveau chimique, le GHB est une courte chaîne d’acide gras dérivé du GABA. Le GABA est un neurotransmetteur du système nerveux central.  La synthèse du GHB à partir du GABA se fait grâce à son dérivé GBL (gamma-butylactone) et une réaction avec une base tel le NaOH. Le GHB est un dépresseur ayant une demi-vie courte variant entre 20 et 30 minutes. Lorsqu’il est pris par voie orale, il atteint toutefois son pic plasmatique en 30 à 60 minutes.

Lors de sa consommation, le GHB crée un grand bouleversement au cerveau. En effet, il crée un effet d’inhibition temporairement sur la libération de dopamine tout en agissant sur les endorphines, ce qui engendre ces propriétés anesthésiantes et sédatives. Suite à ce bouleversement,  le GHB est métabolisé en GABA ou bien éliminé en CO2. Il est à noter que suite à des recherches, un site spécifique de liaisons GHB a été trouvé dans le cerveau humain. Il aurait donc une famille de récepteurs GHB dans le cerveau de l’homme qui serait liée à la régulation de la sécrétion de GABA, de glutamate et qui serait liée aux protéines G.

Le GHB agit sur le septum et l’hippocampe du cerveau par l’intermédiaire du locus coeruleus, soit celui qui gère les comportements d’alarme, de peur et d’éveil.

Le GHB contre l’alcoolémie

Le GHB a longtemps été utilisé comme anesthésiant général et comme hypnotique pour le traitement de l’insomnie et même pour aider lors des accouchements entre les années 1960 et 1970.  Encore aujourd’hui, il est utilisé en Allemagne comme anesthésique sous le nom de Somsanit  et en Europe et aux États-Unis sous le nom de Xyrem et sous le nom de Gamma-OH en France pour diminuer voir même contrer les attaques du sommeil et les épisodes de cataplexies chez les gens narcoleptiques. De récentes études sur l’usage du GHB comme substance  dans le traitement de ka fibromyalgie ont donné des résultats encourageants.  De plus, le GHB a longtemps servit, et sert encore, pour le sevrage de l’alcool et des opiacés. En effet, l’Italie et l’Autriche depuis respectivement 1991 et 1999 utilisent le GHB en forme liquide connu sous le nom d’Alcover pour contrer les effets négatifs du sevrage des alcooliques. La France pense peut-être à elle aussi commercialiser le produit. Plusieurs études et recherches ont eu lieu pour s’assurer des effets positifs du GHB face aux sevrages. En 1970, une étude par Fadda F a démontré que le GHB supprimait les signes de sevrage sur des rats dépendant à l’éthanol. En 1989, une étude à double insu chez l’homme confirme que la prise d’un mélange de sirop et de GHB réduit grandement les effets de sevrage chez celui de prenant versus ceux n’ayant que le sirop.

Le GHB, bien mieux que les stéroïdes?

Le GHB a été grandement utilisé par les sportifs et par ceux pratiquant le culturisme comme complément alimentaire en 1980. Le GHB a des fins d’entrainement a été disponible dans plusieurs magasins d’alimentation naturelle avant d’être interdit en 1990 et considéré comme une drogue pour le dopage. Le GHB était un bon alternatif aux yeux des athlètes puisque contrairement aux stéroïdes, il n’affecte en rien les performances sexuelles chez l’homme et il est beaucoup moins détectable dans le sang puisqu’il est rapidement dégradé en eau et en dioxyde de carbone. Le GHB stimule la production de l’hormone de croissance de la glande pituitaire, une petite glande à la base du cerveau et libère l’excédent. Grâce à son effet sur les hormones, le GHB favorise la réduction des graisses, l’augmentation de la masse musculaire et crée un effet anabolisant.

La drogue du viol

De nos jours, le GHB est surtout connu comme la drogue du viol sous le nom d’Easy Lay, de Soap, de Vita-G et de plusieurs autres. La drogue du viol est plus souvent utilisée sous sa forme de sel chimique, soit na-GHB ou K-GHB en poudre ou en liquide. Une fois mélangé à l’alcool, le GHB lui donne un gout salé et savonneux qui est toutefois difficile à détecter. Contrairement à certaines rumeurs, le GHB ne procure aucun effet aphrodisiaque, par contre, il provoque une désinhibition sexuelle à cause de son effet sédatif. Il est à noter que le GHB n’engendre que les effets désirés par les abuseurs lorsqu’il est mélangé avec de l’alcool et non avec d’autres liquides. Mélangé à d’autres liquides, le GHB n’offre que ces effets récréatifs tels qu’une euphorie proche de l’ivresse, une relaxation musculaire, une chaleur interne et bénéfique. Le GHB est consommé par certains gens lors d’évènement puisqu’il procure un effet se rapprochant de celui de l’alcool, mais en seulement 10 à 15 minutes et sans engendrer de gueule de bois. L’alcool, une fois mélangé au GHB, amplifie les effets dépresseurs du système nerveux central puisqu’ils agissent ensemble sur le récepteur membranaire neuronal, mieux connu sous le nom du neurotransmetteur GABA. En effet, le GHB et l’alcool agissent en synergie. La présence de l’un augmente la fixation et l’effet de l’autre. Ce processus est connu sous le nom d’allostérie, qui est un mode de régulation d’un enzyme par lequel la fixation d’une molécule en un site modifie les conditions de fixation d’une autre molécule. Une dose de plus de 4 grammes peut être nocive. Toutefois, en raison de l’effet d’allostérie, cette même dose mélangée à l’alcool ne l’est pas.

Doses et effets sur l’homme
QuantitéEffets
0,5 à 1,5 gramme Amélioration de l’humeur. Léger état euphorique. Durée de 1 à 2 heures.
1,5 à 2,5 grammes Sensibilité tactile. Début d’hallucinations. Incohérence. Durée de 2 à 3 heures.
2,5 à 3,0 grammes Euphorie élevée. Nausée et vomissement. Perte de cohérence. Effets marqués sur le contrôle moteur et verbal. Durée de 3 à 4 heures.
3,0 à 4,0 grammes La plupart du temps sommeil. Durée de 4 heures.
Plus de 4 grammes Sommeil profond, voire même coma. Narcose. Durée de plus de 4 heures.

Une dépendance au GHB est rare puisqu’elle n’apparait que s’il y a une prise quotidienne d’environ 20 grammes, soit entre 4-5 doses par jours, durant au moins deux à trois mois.

Malgré ses multiples usages autres que récréatifs, le GHB reste une substance illégale et dangereuse qui n’est encore pas totalement connu que ce soit par les scientifiques ou bien les spécialistes médicaux.


Roxanne Bernier
Chimie
Étudiante
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