La face cachée du lait

Splash de lait

Le lait contient de nombreux nutriments essentiels à une bonne santé, c’est pourquoi ses bienfaits ont longtemps été vantés auprès de la population. Par contre, ces mêmes nutriments se retrouvent également dans plusieurs autres aliments de notre quotidien, qui ne contiennent pas de composantes nocives, contrairement au lait. De plus, un lien de causalité entre le lait et différents types de cancers commencent à être envisagés par différentes études. Le lait est aussi pointé du doigt en tant que précurseur de l’ostéoporose ? Faut-il cesser de boire du lait ?

Introduction

Depuis notre tendre enfance, on nous vante les mérites du lait. Malgré ses bienfaits, des études ont récemment prouvé que le lait présente d’importants risques pour la santé chez les plus grands consommateurs. Selon ses partisans, le lait apporte un lot d’avantages qu’aucun autre aliment ne peut égaler. À l’opposé, ses détracteurs soutiennent que le lait n’est pas essentiel à une saine alimentation et qu’il pourrait être la cause de certaines maladies.

Quels sont les nutriments présents dans le lait?

Le lait comporte 16 nutriments essentiels : protéines, calcium, phosphore, sélénium, vitamine A, magnésium, potassium, zinc, 7 vitamines B et vitamine D.1 Le calcium et le phosphore sont des nutriments essentiels puisqu’ils contribuent à la formation et à la santé des os et des dents. Aussi, ils participent de manière importante à la coagulation du sang, au maintien de la pression sanguine et à la contraction des muscles. Le phosphore est aussi un des principaux constituants de la membrane cellulaire en plus de participer au maintien du pH dans le sang et de régénérer les tissus. Les différentes vitamines B jouent un rôle dans la fabrication des globules rouges et l’entretien des cellules nerveuses. Le sélénium est un minéral qui travaille en collaboration avec un enzyme antioxydant afin de limiter la présence de radicaux libres.2 Ces derniers provoquent l’oxydation des membranes cellulaires qui cause le vieillissement prématuré des cellules. Le lait est considéré comme la source la plus accessible de calcium : c’est pourquoi il est largement consommé. 

Ces nutriments peuvent-ils être retrouvés dans d’autres aliments?

Les nutriments qui composent le lait peuvent être retrouvés dans d’autres aliments. Un verre de lait de 250 ml contient 300 mg de calcium. Cette même quantité peut être retrouvée dans une tasse et demie de brocoli ou d’épinards, dans une portion de certains poissons, ainsi que dans une tasse de noix variées.3 Un jus d’orange enrichi contient autant de calcium qu’un verre de lait à même quantité.4 De plus, le calcium d’origine végétale est absorbé à 75 % alors que le calcium d’origine animale l’est absorbé à 40 % tout au plus.5 Également, une consommation excédant 1,5g de calcium animal par jour serait une cause de cancer, mais nous y reviendrons plus tard. Un verre de lait contient environ 250 mg de phosphore alors qu’un quart de tasse de germe de blé en contient 340 mg.6 Un verre de lait contient environ 9  µg de sélénium alors qu’une seule noix du Brésil en contient 95 µg.7 Le lait peut donc facilement être remplacé par d’autres aliments tout aussi nutritifs.

Les composantes nocives du lait

Représentation du stress oxydant

Figure 1 - Représentation du stress oxydant

Même si le lait est riche en nutriments essentiels au bien-être de l’être humain, il est aussi composé de substances dangereuses pour la santé. Il contient entre autres des hormones naturelles produites lors des grossesses forcées des vaches, ainsi qu’une variété de pesticides, des acides gras et une sorte de morphine.8 Le lait contient une hormone de croissance appelée IGF-1. Cette hormone est présente naturellement chez l’homme, mais certaines études déclarent qu’il y a une corrélation entre la consommation de lait et l’augmentation de l’hormone IGF-1 dans la population. Cette hormone, qui semble inoffensive, est en fait étroitement liée au cancer de la prostate.9 De plus, le d-galactose présent dans le lait (environ 5g pour un verre de lait) serait un agent promoteur du stress oxydant.10 Ce stress oxydant est dû à la présence de radicaux libres en excès qui se lient à l’oxygène. Ces réactions, lorsque produites, abîment les cellules humaines. Cela entraîne des effets semblables au vieillissement naturel, comme le stress, l’inflammation, la diminution des réponses immunitaires, etc. Ces réactions favorisent aussi l’apparition de maladies et de cancers.11 Également, le calcium contenu dans le lait de vache que consomment les humains ne leur est pas destiné. En effet, il est plutôt conçu spécialement pour répondre aux besoins des veaux. Par conséquent, le calcium qui se retrouve dans le lait bovin n’est pas directement assimilable par l’humain. Les protéines qui sont contenues dans le lait animal sont propres au développement de l’osséine, un constituant du tissu osseux qui influe sur le développement des os et correspondant à un tiers de la masse de ces derniers. L’osséine a le pouvoir de retenir les minéraux. Cette quantité de protéines qui forme l’osséine n’aura aucun effet sur les humains, puisque ceux-ci ont besoin d’une quantité très limitée d’osséine. Le lait de vache contient une certaine quantité de sels minéraux. Or, puisque l’humain ne possède que très peu d’osséine, les minéraux ne sont pas retenus par l’osséine comme ils le sont chez les veaux. Les minéraux contenus dans le lait consommé sont donc accumulés dans les tissus et les organes du corps humain, ce qui serait, entre autres, à l’origine de la formation de kystes et de calculs.12

Figure 1 Source : http://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-age/vieillissement/comprendre-le-vieillissement/comment-les-radicaux-libres-nous-font-vieillir.html

Le lait précurseur du cancer

Différentes classes de xénooestrogènes

Figure 2 - Différentes classes de xénooestrogènes

Tel que mentionné plus haut, la surconsommation de lait pourrait causer le cancer de la prostate et le cancer du sein.13 Les hormones de croissance seraient des perturbateurs endocriniens et seraient ainsi néfastes pour la prostate chez l’homme et les glandes mammaires chez la femme. Aussi, un surplus de calcium serait susceptible d’affecter la production de la vitamine D3 qui a pour rôle de protéger l’organisme du cancer.14 De plus, la vitamine D ajoutée au lait ne peut pas participer à la lutte contre le cancer, car celle-ci est sous forme synthétique et donc elle n’est pas active en présence du calcium. D’ailleurs, une recherche effectuée en collaboration avec près de 21 000 médecins pendant 10 ans a conclu que les personnes buvant plus de 2 portions et demie par jour voyaient leur risque d’être affecté par le cancer de la prostate augmenté de 34 % par rapport aux hommes buvant moins d’une demi-portion par jour.15 Le lait pourrait aussi influencer le cancer de l’utérus, du sein et de l’ovaire. Les vaches laitières sont nourries majoritairement d’ensilages qui contiennent des pesticides et des omégas-6 en excès qui augmentent la quantité de xénoœstrogènes présente dans le lait. 16 Les xénoœstrogènes sont des œstrogènes provenant de l’environnement qui imitent et modifient l’activité des hormones présentes naturellement chez un organisme. Ils agissent donc en tant que perturbateurs endocriniens et modifient l’activité naturelle des hormones, ce qui peut mener aux cancers nommés plus haut.17 D’ailleurs, le résultat de 3 études détermine qu’un verre de lait (10 g de lactose) augmente de 13 % le risque de développer un cancer des ovaires.18 Des liens de causalités entre le lait et d’autres cancers ont été proposés, mais les recherches sur le sujet en sont encore à leur début. 

Figure 2 Différentes classes de xénooestrogènes Source : http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/351/sfspm_202_212.pdf?sequence=1

Lait et ostéoporose : lien de causalité?

Tableau représentant les risques de fractures et de mortalité selon la consommation de lait en fonction des sexes

Figure 3 - Risques de fractures et de mortalité selon la consommation de lait en fonction des sexes

Tout d’abord, l’équilibre acidobasique du corps humain doit être maintenu pour assurer son bon fonctionnement. Cependant, une alimentation riche en protéines augmente l’acidité biochimique du corps humain. Donc, pour contrer ce déséquilibre acidobasique, les os libèrent du calcium dans le sang. Ainsi, le lait étant riche en acides aminés, sa surconsommation à long terme peut mener à d’importantes pertes osseuses. Ce phénomène entraine alors l’ostéoporose. Selon une étude du British Medical Journal parue en 2014 s’étant échelonnée pendant 22 ans, à laquelle plus de 61 000 femmes et 45 000 hommes suédois ont participés, un lien entre la surconsommation de lait et l’incidence des fractures, particulièrement de la hanche, a été établi. Avant l’étude, la croyance voulait qu’une grande consommation de lait fût associée à de faibles risques de fractures et à la prévention de l’ostéoporose. Finalement, l’étude révèle plutôt qu’une grande consommation de lait causerait un plus grand risque de fracture, pouvant être associé à un plus haut taux de mortalité.19 

Figure 3 Risques de fractures et de mortalité selon la consommation de lait en fonction des sexes. Source : http://www.bmj.com/content/349/bmj.g6015

Conclusion

Finalement, la surconsommation de lait, bien que connue pour ses bienfaits, pourrait causer différentes conséquences néfastes chez l’humain. Les études se font de plus en plus nombreuses et la connaissance de ce sujet évolue continuellement. Il y a fort à parier que, dans les prochaines années, la documentation sur les retombées d’une trop grande consommation de lait sera plus complète et disponible à la population. Évidemment, les hypothèses aujourd’hui avancées par les chercheurs seront confirmées ou infirmées. La population sera ainsi plus conscientisée et chacun sera en mesure de se faire sa propre opinion en ce qui a trait à sa consommation de lait. Pour le moment, vu les nutriments qu’il apporte, un verre de lait ne peut causer de tort, mais tout réside dans la modération!


Consulter la fiche bibliographique
  1. Consommez assez.(s.d.). Chroniques nutritionnelles. Repéré à http://consommezassez.radiocanada.ca/chroniques/1/16-nutriments-du-lait
  2. Paulette Vanier (2008). Lait. Repéré à http://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/En cyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=lait_nu
  3. Jean-Charles Panneton. (2001). Le lait. Repéré à http://ici.radiocanada.ca/actualite/decouverte/reportages/200 1/05-2001/lait.html 
  4. Ostéoporose Canada. (s.d.) Repéré à http://www.osteoporosecanada.ca/losteoporos e-et-vous/la-nutrition/les-apportsrecommandes-en-calcium/
  5. Alexandra Capuano. (2011). Controverse scientifique sur les bienfaits du lait. Repéré à http://www.mutualite.fr/Lactualite/Sante/Controverse-scientifique-surles-bienfaits-du-lait
  6. Les diététistes du Canada. (2014). Repéré à http://www.dietitians.ca
  7. Passeport Santé. (2010). Repéré à http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/Pla ntesSupplements/Fiche.aspx?doc=selenium_ps
  8. Louis Cornellier. (2013). Repéré à http://www.ledevoir.com/culture/livres/380710 /tempete-dans-un-verre-de-lait
  9. Department of Nutrition and Food Hygiene, School of Radiation Medicine and Public Health, Medical College of Soochow University. (2009). Repéré à http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/1974629
  10. Dr. Catherine Solano (2014) Repéré à https://www.carteblanchepartenaires.fr/public/acces-libre/actualite/fiche/le-lait-est-il-vraiment-un-ami-pour-les-os-des-adultes
  11. Les Éditions Thierry Souccar. (s.d.) Repéré à http://www.thierrysouccar.com/nutrition/info/ quest-ce-que-le-stress-oxydant-471
  12. Mulot, R. (15-04-2014). E-cigarette. À quel point la nicotine liquide est-elle dangereuse? Repéré à http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20140415.OBS3886/e-cigarette-boire-la-nicotine-liquide-est-dangereux.html
  13. OECD SIDS (2002). «GLYCEROL, cas N°: 56-81-5». Repéré à http://www.inchem.org/documents/sids/sids/56815.pdf
  14. Presles, P. (2014). D’où vient le succès de la cigarette électronique?. Cerveau & Psycho, Janvier-février 2014(N°61), p.14 – p.15.
  15. Santé et Services sociaux du Québec (2014). Mise en garde contre la cigarette électronique ou d’autres produits équivalents. Repéré à http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/santepub/tabac/index.php?mise-en-garde-contre-la-cigarette-electronique
  16. Santé Canada. (24 juin 2013) Rapport d’évaluation pour Acroléine. Repéré à http://www.hc-sc.gc.ca/ewh-semt/pubs/contaminants/psl2-lsp2/acrolein/index-fra.php. Page consulté le 4 novembre 2014.
  17. Thompson, Dennis. HealthDay News. (7 mai 2014). «E-Cigarette Vapor Contains Potentially Harmful Particles: Review». Repéré à http://consumer.healthday.com/mental-health-information-25/addiction-news-6/e-cig-emissions-687570.html
  18. Université McGill. Les neurotransmetteurs affectés par les drogues. Repéré à http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_m/i_03_m_par/i_03_m_par_nicotine.html#drogues
  19. What Chemicals Are In Your E-Cigarettes. (1er octobre 2013). Repéré à http://cloudnine.hillarymilesproductions.com/electronic-cigarettes/what-chemicals-are-in-your-e-cigarettes/
  20. Zapirain, B. (14 septembre 2014). La cigarette électronique est partout, le Québec s’organise. Le Journal de Québec. Repéré à http://www.journaldequebec.com/2014/09/14/la-cigarette-electronique-est-partout-le-quebec-sorganise

Philippe Bouchard, Cassandra Fletcher, Michaël Maranda-Robitaille, Noémie Thériault
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