Cannabis : en drogue ou en médicament?

Feuille de cannabis

Buzzé, pété, stone, trip bouffe, gelé, bad trip… ce sont toutes des expressions communes chez les consommateurs de marijuana. Cette drogue prend de plus en plus d’expansion dans la société moderne, autant au niveau législatif, médical et culturel. En effet, des lois régissant la consommation de cannabis sont de plus en plus remises en questions dans plusieurs pays du monde. Aussi, cette drogue est prescrite par les médecins pour certains de leurs patients alors que plusieurs continuent de déplorer leurs effets néfastes sur la santé. Cet article comportera plusieurs sections qui expliquent mieux la législation, la provenance, les composantes, les effets psychoactifs, les applications médicales ainsi que les modes de consommation du THC contenu dans la marijuana.

15 grammes au volant

C’est en 2011 que Danny William Provencher, ancien technicien dessinateur en structure d’acier, a fait un accident d’automobile qui lui a coûté cher. Ce résident de Trois-Rivières avait fait un accident d’automobile en 1998, mais son accident en 2011 a aggravé sa condition et son médecin de famille lui a prescrit de la marijuana à des fins thérapeutiques. Sa dose quotidienne s’élève aujourd’hui à environ 15 grammes par jour. C’est cette année qu’il a fait face au tribunal administratif de Québec afin de récupérer son permis de conduire qu’il a perdu en 2011 à la suite d’une demande de remboursement des frais pour son cannabis. M. Provencher a fait cette demande, car il avait appris qu’un autre homme dans sa condition se faisait subventionner par la SAAQ afin de combler le prix qu’il payait pour ses médicaments. La SAAQ ne connaissait pas la situation de M. Provencher et c’est en l’apprenant que la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a décidé de lui retirer son permis de conduire. C’est dans une interview avec Ian Bussière que M. Provencher déclare : « On ne m’a pas fait faire de test sur un simulateur, on ne m’a pas fait rencontrer de spécialiste, on a décidé qu’en raison de la dose que j’avais, il fallait me retirer mon permis pour des raisons de sécurité1 ». Il ajoute : « J’ai beau avoir une prescription de 15 grammes par jour, je prends le plus gros de ma dose au coucher. Je n’en prends pas quand j’ai à conduire ou quand je me rends à mes cours. Je sais que j’ai un privilège en ayant le droit de consommer de la marijuana, je n’ai pas l’intention d’en abuser. » Cet homme de 38 ans est donc dans une situation où il doit prendre le taxi et l’autobus pour se déplacer à son travail et pour aller à Montréal afin de voir son médecin.

Made in China

Les origines du cannabis reculent à il y a très longtemps et ne sont pas encore aujourd’hui tout à fait très claires. Plusieurs théories ont été élaborées au cours des dernières années. Une première explique que le cannabis aurait ses origines dans les peuples ancestraux de la Chine en Asie. En effet, un archéologue a pu trouver dans un village âgé de 10 000 ans des éléments de décoration sur lesquelles étaient représentées les fibres spiralées caractéristiques au chanvre (cannabis). Le chanvre était très important pour les peuples chinois, il était utilisé pour faire du linge, des filets de pêche, des cordes de bateaux, etc. De plus, le chanvre était également utilisé comme symbole religieux, car selon un document du parlement du Canada écrit par Leah Spicer on explique que : « Le cannabis a pris tellement d’importance dans la culture chinoise que les prêtres anciens ont commencé à utiliser la tige de la plante comme symbole de pouvoir pour chasser le mal2 ». Ensuite, vers 2000 avant Jésus-Christ, les Chinois sont parvenus à extraire l’huile de la plante qui comportait des propriétés psychotropes à cause de la présence du THC. Cette huile (résine) a ensuite été utilisée par les Chinois dans la médecine pour traiter surtout la fatigue menstruelle, la goutte, le rhumatisme, la malaria, la constipation, le manque de concentration et plusieurs autres symptômes. Au fil du temps, les propriétés psychoactives du cannabis ont été controversées par la religion chinoise (Taoïsme) et, plus tard, avec l’arrivée de l’opium les pratiquants du Taoïsme ont laissé tomber le cannabis dans la religion. Une seconde théorie veut plutôt que ce soit les peuples du proche orient antique qui aient utilisé le cannabis en premier. Pour ces peuples le cannabis servait davantage à des fins religieuses. Plus précisément, on utilisait les propriétés psychotropes du THC dans le cannabis pour aider les gens qui étaient incapables de faire de l’introspection. Tout comme les Chinois, les peuples du Proche-Orient auraient aussi utilisé la présence de THC dans le cannabis pour effectuer un certain nombre de leurs rituels. Bref, ces deux théories ne sont qu’une parcelle de l’ensemble des théories. Même si plusieurs peuples ont découvert le cannabis indépendamment, la théorie du peuple chinois semble la plus ancienne.

Fumer un chandail

Le chanvre est une plante dans laquelle l’humain a découvert 500 constituants différents. On note parmi ceux-ci des acides aminés, des protéines, des sucres, des terpènes, des hydrocarbures, des aldéhydes, des cétones, des acides gras et plusieurs autres. Ces 500 constituants ne se retrouvent pas tous à la fois dans chaque plante de chanvre. Le chanvre est mieux connu sous le terme cannabis. Le cannabis contient des cannabinoïdes végétaux. Ceux-ci sont un groupe de substances chimiques qui ont un effet catalysant sur des récepteurs présents dans le corps humain. En résumé, le cannabis a un effet direct, soit physique ou psychologique, lorsqu’il est consommé de la bonne manière par l’humain. Il existe 75 types de cannabinoïdes. Ceux-ci se classent en 10 principaux groupes, dont celui du delta-9-tétrahydrocannabinol, couramment appelé THC. Le THC a des effets sur le comportement des gens. En effet, les variétés de cannabis qui sont psychotropes contiennent toutes une bonne quantité, soit entre 1 % et 25 %, de THC. L’Union européenne a interdit aux compagnies textiles d’utiliser du chanvre contenant plus de 0,2 % de THC dans sa composition pour faire des vêtements. Cette loi a été décidée afin d’éviter que tout individu tente de consommer un chandail dans un but d’obtention d’effets psychotropes. On compte parmi les variétés de cannabis contenant beaucoup de THC celles de la marijuana et du hachich, qui sont plus populaires. Il existe aussi du THC synthétique : l’humain est en mesure d’en fabriquer en se servant des isomères disponibles.

Psychoactivité

Schéma cannabis

Le THC est surtout connu et consommé pour ses effets psychoactifs. En effet, le THC est une résine collante qui n’est pas soluble dans l’eau. En fait, elle est lipophile. Le cannabis, une fois ingéré, est capté par deux types de récepteurs qui forment le système endocannabinoïde. Ces protéines réceptrices sont appelées CB1 et CB2. Le CB1 est présent sur les neurones et capte en partie les signaux envoyés par le THC au lieu de ceux envoyés par le corps. Cela a des effets psychoactifs directs sur l’humain. Le CB1 agit directement sur les capacités d’apprentissage et de mémorisation. Aussi, les CB1 présents au niveau du cervelet et des ganglions basaux contrôlent entre autres l’équilibre et la coordination. Cela explique les capacités motrices diminuées des personnes intoxiquées au cannabis. D’autres parties du cerveau ont un haut taux de CB1 : l’amygdale et la substance grise périaqueducale. Celles-ci sont responsables des émotions et de la perception de la douleur. Voilà pourquoi on entend souvent parler d’un déséquilibre émotionnel et d’une certaine action analgésique chez les consommateurs. En ce qui a trait aux récepteurs CB2 dans le cerveau, ils se trouvent sur les neurones de la microglie. Ils protègent le système nerveux central. Lorsque les CB2 captent le THC au lieu des messages biologiques, cela a un effet direct sur l’anxiété de l’individu. Les personnes qui ont des prédispositions aux maladies mentales sont donc plus à risque de développer des troubles anxieux, de schizophrénie et dépressifs suite à une forte consommation de cannabis. Le THC interfère avec les signaux envoyés par les cannabinoïdes endogènes produits par le corps. Le cycle est alors affecté et c’est ce qui provoque des effets psychoactifs bien connus du THC. L’image ci-dessous illustre bien l’action du THC sur les récepteurs CB1dans le cerveau. C’est le même principe pour les récepteurs CB2.

Muffin au pot

Afin de consommer du cannabis par voie orale et ressentir ses effets médicaux, il est recommandé de le chauffer dans de la graisse ou de l’huile. Il faut le chauffer afin de transformer le THC non-actif en THC phénolique actif. En d’autres mots, la chaleur et la présence de graisses activent les effets médicinaux et psychoactifs du THC. Voilà donc d’où viennent les fameuses recettes de pâtisseries au cannabis, les muffins au pot par exemple. Chauffer le cannabis est une réaction de décarboxylation qui est nommée ainsi à cause des groupements carboxyles présents sur la molécule de THC. Il faut faire attention, car le chauffage détruit certaines molécules. Bien que la température du four pour la cuisson ne soit pas précisément définie, il est conseillé de chauffer le four à 130 °C ou moins. Afin d’éviter que le THC s’évapore, l’utilisation d’une graisse est fortement recommandée. Le THC sera donc retenu dans la graisse et s’évapore plus difficilement, ce qui permet d’en conserver une beaucoup plus grande partie. La graisse obtenue à la fin pourra être ingérée dans diverses recettes où les effets psychoactifs se feront ressentir.

Dre Marie Johanna

Le THC est utilisé comme produit thérapeutique au cancer, notamment grâce aux tétrahydrocannabinol qui peuvent ralentir le développement des cellules cancérigènes. Cela vient ralentir et même empêcher, par le même fait, la propagation des métastases dans le corps. Par contre, il n’est pas administré par inhalation afin de limiter les risques de cancer de la gorge et des poumons. Il serait en effet ironique de causer un cancer en combattant un autre cancer. En plus des bienfaits au niveau oncologique, le THC a des avantages sur d’autres problèmes physiques. D’abord, le cannabis est reconnu pour son pouvoir somnifère. Par contre, comme tout autre somnifère, il n’est pas recommandé à forte dose. En effet, son utilisation sur une longue durée entraîne une dépendance qui peut être nocive à un sommeil naturel. Il est mieux de régler les problèmes à la base de l’insomnie plutôt que d’en consommer afin d’améliorer la qualité du sommeil.

Trip bouffe!

Un des effets de la consommation de THC sur le système est l’augmentation de l’appétit. Concernant cette propriété du THC, plusieurs études ont été faites et les conclusions de ne sont pas toutes encore les mêmes. Une première thèse serait que l’augmentation de l’appétit après avoir consommé du cannabis serait due à l’hypoglycémie causée par l’effet du THC sur la sécrétion d’insuline dans le pancréas. Le manque d’insuline (permettant la digestion des sucres) cause une baisse du taux de glycogène dans le sang. Pour contrer cette baisse de glycogène, il faut consommer plus de nourriture, car la digestion est moins efficace. Ainsi, l’appétit de l’individu augmente pour compenser l’hypoglycémie. D’autre part, des études montrent également que la consommation de THC affecte peu le taux glycémique. Dans ces études, on soupçonne plutôt que le THC affecte l’hypothalamus qui contrôle la capacité à détecter les goûts des aliments. La capacité à mieux percevoir les goûts procure le plaisir que les gens éprouvent en mangeant pendant un « trip bouffe ». Cet effet est également recherché pour redonner l’appétit aux gens souffrant de certaines maladies telles le sida. Le THC est aussi un bon moyen pour traiter les patients atteints d’anorexie. En effet, la stimulation de l’appétit aide ces patients à vaincre leur trouble alimentaire.


Consulter la fiche bibliographique
  1. Bussière Ian, (12 août 2013). Marijuana thérapeutique: un homme lutte pour ravoir son permis. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/justice-et-faits-divers/201308/11/01-4679016-marijuana-therapeutique-un-hommelutte-pour-ravoir-son-permis.php
  2. Leah SPICER, « Utilisation historiques et culturelles du cannabis et le « débat sur la marijuana » au Canada », Parlement du Canada, [En ligne], http://www.parl.gc.ca/content/sen/committee/371/ille/library/spicer-f.htm (Page consultée le 27 novembre 2014)
  3. Guzmán Manuel, (Octobre 2003). CANNABINOIDS: POTENTIAL ANTICANCER AGENTS : The endogenous cannabinoid system. http://herb.com/guzman.pdf
  4. Dr. Frunjo Grotenhermen, (Septembre 2009) Cannabis en médecine : Comment les cannabinoïdes agissent-ils sur l’organisme? (p.46); Les applications médicales des produits issus du cannabis. (p.52); Comment utiliser les produits à base de cannabis? (p.149). France : la Nouvelle Imprimerie Laballery.

Marie-Pier Lamontagne, Laurie Jobin-Ross, Francis Bédard, Christophe Boivert
Étudiants
Chimie
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